La nouvelle année scolaire que nous entamons semble s’annoncer, pas nécessairement houleuse, mais sans doute délicate et certainement plus animée que celle que nous venons d’achever et qui a marqué une pause dans les mouvements lycéens et étudiants. Le nouveau gouvernement en place, suite aux élections présidentielles et législatives du printemps dernier, s’est attelé à divers chantiers auxquels n’échappe pas l’Education Nationale.
L’enseignement supérieur a été traité en priorité cet été qui a vu l’adoption d’une loi créant le cadre d’une réorganisation des universités ouvrant la voie à de grandes transformations. Pour l’enseignement scolaire, les premières mesures ont concerné l’assouplissement des procédures d’affectation en attendant, dans les prochains mois de nouvelles dispositions accompagnées d’un resserrement des moyens en personnels. De quoi susciter de vifs débats que vient d’alimenter une nouvelle floraison de publications.
Et les points de vue de manquent pas ! D’un côté les pessimistes habituels qui obtiennent de faciles succès d’édition en retenant à bon compte l’attention des medias et du public sur le thème sans surprise du niveau qui baisse. Déplorant le trop grand nombre de bacheliers ils remettent en cause, sans du reste proposer de solutions convaincantes, non seulement les avancées faites par notre pays en matière de démocratisation de l’enseignement, mais aussi les filières qui constituent une de nos incontestables réussites, les Grandes Ecoles accablées sans vergogne de tous les maux mais dont on aimerait bien capter les vertus !
On passera sous silence ceux qui affirment à l’inverse que nous en demandons trop et dont le souhait serait de voir réduites les exigences des programmes et des enseignants, car ils ne trouvent qu’un succès d’estime auprès des familles les mieux informées (et nous en connaissons beaucoup), qui, bien qu’assez promptes à critiquer la trop grande dureté du système, n’envisagent certainement pas de réduire l’ambition qu’elles ont pour leurs enfants dont elles cherchent par tous les moyens à garantir l’avenir par un parcours scolaire de qualité.
Par bonheur, d’autres ouvrages méritent davantage l’attention. Solidement documentés, ils font un point très précis sur l’état de santé de notre grande maison éducation Nationale. Il nous livrent des analyses pertinentes présentant de manière très équilibrée nos réussites et nos insuffisances. C’est le cas notamment de « Que vaut l’enseignement en France » (Christian Forestier et Claude Thélot - STOCK) dont on retrouve nombre d’éléments dans le dernier rapport du Haut Conseil de l’Education. Ils ne contiennent pas de remise en cause globale mais pointent du doigt les insuffisances des apprentissages fondamentaux et la panne marquée depuis dix dans l’évolution de notre système éducatif. Ce constat s’appuie sur quelques chiffres : à la fin de l’école obligatoire, un nombre croissant d’élèves ne maîtrise pas les compétences fondamentales ; 1/5 de chaque classe d’âge sort toujours du système éducatif sans qualification ; enfin, après 15 années de progression, le pourcentage des bacheliers dans chaque classe d’âge stagne depuis 1995 à 60 % et la part des bacheliers généraux diminue tandis que leur origine sociale est loin de se diversifier, notamment dans la filière scientifique.
Ouvrir cette année par ces réflexions générales et choisir de ne pas en rester au niveau de points plus immédiatement concrets qui concernent notre établissement, tels que les structures, les effectifs, les moyens en personnels ou les travaux dans les bâtiments (toutes choses que vous retrouverez dans ce bulletin et que j’aborderai en réunion générale), n’est pas le signe d’une brusque envie d’ouvrir un grand débat interne ni même de la provocation.
Mais je souhaitais nous rappeler que le fait de travailler au sein d’un établissement qui a des spécificités très marquées ne doit pas nous faire oublier que nous ne pouvons, que nous ne devons, pas nous écarter des grands débats nationaux dans lesquels nous avons de solides arguments à faire valoir.
En premier lieu nos résultats. Nos bilans annuels sont flatteurs et ceux de l’année passée n’ont pas dérogé à la tradition d’excellence de notre établissement. Le bilan de l’orientation est très positif : nombre limité des redoublements, taux de passage de 1er en second cycle élevé (88%), forte proportion d’admis en CPGE à l’issue de la terminale (près de 90%). Le taux de réussite au brevet se maintient à un niveau élevé ( 95 % ). Pour la sixième année consécutive, tous nos élèves ont obtenu le baccalauréat et presque tous (97%) avec une mention ! Les résultats aux concours des Grandes Ecoles s’inscrivent eux aussi dans la continuité, avec un nombre toujours très élevé d’intégration dans les écoles les plus prestigieuses : X, ESPCI, Ecoles de groupes Centrale supelec et Mines Ponts, INA Paris Grignon, HEC, ESSEC, ESCP, Ecole des Chartes, et bien évidemment les Ecoles Normales au sein desquelles nos élèves, cette année encore, occupent le ¼ des places (40% des filières littéraires de la rue d’Ulm). Au Concours Général des Lycées, nos élèves ont moins brillé qu’en 2006, mais décrochent tout de même 14 prix. De belles performances ont été réalisées aussi aux olympiades de mathématiques, de biologie et de russe, tout comme aux différents concours sur les langues anciennes (CICERO, ATHENA, Concours européen de grec).
En second lieu, notre projet pédagogique -écrit au Collège, implicite au Lycée-, tout entier orienté vers l’épanouissement et la réussite de nos élèves, par l’exigence et le travail. Autre argument non négligeable, la confiance des familles dont les demandes d’inscription augmentent chaque année.
Toutes choses qui contredisent de manière éloquente les critiques d’élitisme fermé qui sont encore trop souvent exprimées à notre égard. Notre ouverture aux élèves méritants d’origine sociale modeste est déjà ancienne. Nous accueillons chaque année en second cycle 10 à 15% de jeunes filles et de jeunes gens de zones difficiles. Nous l’avons conforté l’an passé en ouvrant une Classe Préparatoire aux Etudes Supérieures. Ce projet nous a demandé un énorme investissement. Nous allons poursuivre notre action sans complexe et avec une détermination sans faille, avec l’appui de notre ministère et d’un important groupe de mécènes.
Ainsi, sans renier notre tradition d’excellence, il nous faut, à notre niveau et avec nos spécificités, continuer à participer à la réalisation des grands objectifs fixés à l’Education Nationale :